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Le Malabar E l’ai cassé. Veux dire, tsé, le miroir, e l’seul de mon appart. Mes câlisses de chveux rouge carotte : tanné, tanné, j’en peux pus, j’en veux pus, dins boules à mythes où cé cé qu’a sont itou ma guetare, pis ma mère, pis ma blonde, pis e l’pays, tout much, tout moche : tsé j’veux dire, crisse?
Maudites lunettes fumées! Où cé cé qu’a sont donc? Quand j’me shoute, mes zieux me font mal, y prennent pas l’soleil. Maudit soleil, toujours à m’écoeurer quand cé cé pas e l’temps, aussi ben dire toujours, comme si qu’on était en cercle polaire, tsé, là que ça chauffe vingt-quatre heures par jour, six mois dedans l’année. Ben oui, ben non, j’m’en crisse-tu, moi, d’la maudite température qu’y fait dehors ou en d’dans! Du moment que j’ai mes lunettes fumées, ôte-toi de là, mon appart je peux pus m’y voir, faut que je décrisse, vite, vite, e l’feu à ma queue de chemise!
Que je te l’aguis donc c’te viarge de rue Mont-Royal! Ça sent la patate frite haha, la poutine râpée héhé, la marde de chien hihi, le vagin fromagé hoho, la queue sale hanhan. E l’trou du cul du monde, tsé, brun foncé, brun, brun! M’écoeure. Toute m’écoeure. Même la mesique que j’entends m’écoeure. On se crèrait dans Belle et Bum : ça sonne sus e l’travers, ça sonore autant qu’une vache qui beugle meuh! Tanné, tanné, j’en peux pus, j’en veux pus. Y fait trop hot, tsé, ça sue à grosses gouttes, j’ai hâte de m’effouérer dans e l’bar que je joue pus dedans depuis que ma blonde. Fuck! Veux pas y penser. Veux juste m’écraser en quéque part pour juste boire, crisse!
Icitte-d’dans, cé cé sombre rare. Tant que la mesique se fait pas aller le zin zin, je me sens ben, je peux même jongler à mon ostie de blonde qu’y est pus ma blonde. Note ben ce que j’dis là : tsé, une bouche à te faire sucer long pis large, des tetons à s’en déviarger les mâchoires, un vagin grand comme un estuaire, un trou du cul à éjaculer d’dans rien qu’à s’y voir. Ding, dong! Les cloches sonnaient sur un temps rare quand cé cé que la bitte à Tibi faisait de par là son festival de la grande yieule! En amour, moi, par-dessus la hure, le huron, la luronne! Tsé veux dire, crisse?
Ça allait trop ben. Ça pouvait pas durer ni s’endurer. Pourquoi cé cé faire donc? À cause que e l’drummeur de notre band s’est garroché dessus ma blonde comme un F-18 sur le pauvre monde en Irak, boum, baboum, badaboum! Un cratère large comme l’estuaire que ça m’a faite dedans e l’cœur quand cé cé que je l’ai vue, ma tabarnaque de blonde sale, se laisser plotter quasiment en beau mitan de scène! Pis dans les coulisses, astheure! Comme dans Le Party de Falardeau, tsé! À quatre pattes dans les costumes de fanfare, envoye donc, fourre jusqu’à l’os, culottes à terre, dans e l’brun à part de ça! Un drummeur qui sait même pas drummer, laitte comme trois Gilles Latulippe mis toute de travers dans e l’même portrait, jambes croches, bedaine de bière, bouche tordue, oreilles en portes de grange! Ça éjacule précoce en plusse, tsé, avec plein de grumeaux quand ça sort de la bitte à Tibi, crisse!
Fa que j’attends, e l’nez dans ma bière, e l’nez dans ma coke. Ma blonde qu’y est pus ma blonde pis e l’crosseur de drummeur, je vas te les passer au cash à soir! Dès que j’les sais arrivés dins coulisses, je cours tusuite après eux autres, j’leur plante mon couteau entre les pleumats, je te les défigure, je te les lacère, je te les équarris dans plein d’odeurs de boucherie. Par après, je découpe profond e l’vagin de ma blonde, je me le fourre dans les culottes pis je déguédine par la porte d’en arrière.
Dans la ruelle, ma mère va m’attendre comme j’y ai dit qu’a devait e l’faire. Je vas sauter à côté d’elle dans sa machine, pis ça va filer à l’anglaisette drette là vers le pont Papineau pis la Califournie, cré-moi cré-moi pas, je m’en torche e l’cul, crisse! Ma mère me croit, elle. Pas belle comme ma blonde qu’y est pus ma blonde, plutôt amanchée comme un gros étron mal chié, pas de tête sur un corps que tout un chacun est passé dessus pis dessous. Mais elle a plein de fric de son meri qu’y est pus son meri. Tsé, e l’fric, c’est toute cé cé qui compte en Califournie. C’est sûr que je vas être obligé de la baiser, ma mère. Mais pourquoi vous pensez que je me prépare à découper profond e l’vagin de ma blonde? Quand je vas la baiser ma mère, je vas lui coller ça sur e l’bas-ventre et ça sera pus ma mère que je vas coucher avec comme je fais depuis que je suis au monde, mais e l’vagin de ma blonde, pareil au grand amour quand cé cé pus là pis qu’on s’en venge. Ouais, ouais, ouais! Crisse que j’ai hâte! Enfin on the Road pour de vrai, tsé veux dire!
Victor-Lévy Beaulieu |
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